Angle mort
Un matin de canicule, un père débordé croit avoir déposé sa fille à la crèche. Un film qui nous piège comme son personnage.
Michal est un père attentif, un mari présent, un cadre débordé. Ce matin-là, il dépose sa fille à la crèche puis file au bureau. Nous l’avons vu faire. Nous en sommes sûrs. Et c’est là que « Father frappe » : la réalisatrice slovaque Tereza Nvotová filme en longs plans-séquences le récit que le cerveau de cet homme s’est fabriqué, et nous y croyons avec lui. Quand la vérité éclate, nous tombons de la même hauteur.
Plus qu’un drame sur la culpabilité, « Father » raconte notre mémoire, cette conteuse capable de remplir les trous avec des histoires plausibles. Milan Ondrík, récompensé pour ce rôle, joue l’effondrement tout en retenue, sans jamais chercher les larmes. Sorti fin mai dans une relative discrétion, ce film exigeant mérite d’être rattrapé partout où il passe encore. Il pose une question qui glace longtemps après : jusqu’où sommes-nous à l’abri de nous-mêmes ?
★★★★☆
