Le procès du pantalon
Au XVIIe siècle, une femme vit sous l’identité d’un homme dans un village allemand. Sandra Hüller, immense, dans un film d’une rigueur rare.
La guerre de Trente Ans vient de s’achever. Un soldat balafré s’installe dans un village protestant isolé, travaille dur, gagne la confiance de tous, se marie. Ce soldat s’appelle Rose, et c’est une femme. Markus Schleinzer filme cette histoire dans un noir et blanc austère qui rappelle les vieux Rossellini. La campagne semble figée, rien n’y bouge, sauf les ours qui rôdent aux lisières, seuls êtres vraiment libres de ce monde. Ici, tout se compte et s’échange : même la dot se mesure en linge de maison, et l’épouse passe d’une famille à l’autre comme ses draps. En portant le pantalon, Rose a simplement changé de côté.
Quand le secret éclate, la communauté juge. Mais que juge-t-elle au fond : le mensonge, ou l’audace d’une femme qui s’est accordé la liberté réservée aux hommes ? Sandra Hüller, récompensée à Berlin pour ce rôle, joue tout en retenue, avec une intensité qui ne se relâche jamais. Comme « Fjord » récemment, « Rose » montre une communauté qui ne supporte pas celui ou celle qui refuse sa place. Un film âpre, beau et nécessaire.
★★★★
