En 1983, la France découvrait le TGV et le Minitel. Chris Rea, lui, levait le pied. Paru sans bruit, « Water Sign » est un album longtemps resté sans récit, éclipsé par les succès à venir. Une œuvre de transition, discrète et essentielle, à réécouter aujourd’hui pour comprendre comment le chanteur britannique a trouvé sa vraie vitesse.
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Il y a des disques que l’on n’écoute pas pour aller mieux, mais pour tenir. Le premier album solo de Poppy Ackroyd, fait partie de ceux-là. Ces derniers temps, malgré les ajustements chimiques, le monde reste un peu opaque. Alors on fait comme on peut : un café, un moment suspendu, et ce disque lancé sans attente particulière. Il n’efface rien. Il accompagne.
Il aura fallu du temps pour écouter Alice Coltrane pour ce qu’elle est, et non pour ce qu’elle représentait dans l’histoire déjà écrite du jazz. Longtemps située dans un après (après John, après le free, après l’âge d’or), sa musique s’impose aujourd’hui autrement : non comme un chapitre marginal ou spirituel, mais comme un lieu durable, un espace dans lequel revenir.
Dans les années 70-80, Angelo Branduardi était ce ménestrel intemporel qui nous embarquait dans des temps immémoriaux, entre enluminures et danses médiévales, réconciliant les familles autour de son folk envoûtant. « La Demoiselle » flotte hors du temps. Les contes et la musique s’y confondent, portés par une voix douce et des arrangements délicats.
Certains groupes marquent leur époque à grands coups de guitares distordues et d’attitude tapageuse, et d’autres, dans un murmure, impriment leur empreinte dans l’inconscient collectif. The Sundays font indéniablement partie de la seconde catégorie.
Il est des disques qui cherchent la lumière mais « Hats », lui, ne sort qu’à la nuit tombée. Il préfère la pénombre, les reflets sur l’asphalte mouillé, les trajets en taxi sans destination claire, les silences qui pèsent plus lourd que les mots. Paru à l’automne 1989, il reste l’un des sommets les plus discrets, et les plus bouleversants, de la pop britannique de la fin du siècle.
YHWH Nailgun livre un disque qui refuse obstinément de s’expliquer. Dix titres, un peu plus de vingt minutes, et l’impression d’avoir traversé un espace clos où l’air se raréfie vite. Appelons-le album, EP long ou manifeste compact, peu importe. Ce qui compte, c’est la densité.
« Something Soft » promet l’apaisement mais livre l’inverse : un disque anguleux, bruyant, râpeux, qui transforme la fatigue politique en énergie sonore. Le groupe dublinois y affine une colère déjà très lisible sur leur précédent album, sans la diluer ni la rendre décorative.
L’album « Essex Honey » est arrivé ans fracas, sans slogan, lesté d’un poids intime qui n’a pas besoin d’être surligné. Après plusieurs années de silence discographique sous le nom de Blood Orange, Dev Hynes signe son album le plus retiré -et peut-être le plus bouleversant. Un disque de deuil, oui, mais surtout un disque d’après.
Avec « Interior Live Oak », l’Américain ne publie pas tant un album qu’il n’ouvre un carnet. Pages intimes, routes prises trop vite, mythes réduits à l’état de notes : un disque écrit à voix basse, qui préfère laisser des traces plutôt que construire un récit.
