« End of Abyss » : L’enfer, c’est parfois le plan

« End of Abyss » : L’enfer, c’est parfois le plan
Dans un complexe souterrain rongé par les parasites, Section 9 Interactive mélange survival horror, twin-stick shooter et metroidvania. Une drôle de cuisine, souvent brillante dans l’ambiance, plus discutable dès qu’il faut se déplacer.

Avec « End of Abyss », les anciens de Tarsier Studios, passés de « Little Nightmares » à leur propre studio Section 9 Interactive, avaient visiblement envie de descendre sous terre et de couper la lumière. Le résultat ressemble à un croisement entre « Resident Evil », « Metroid » et leur ancienne maison mère : une gigantesque installation industrielle abandonnée, des couloirs poisseux, des choses qui grouillent et Cel, jeune technicienne de combat envoyée explorer tout ça avec un pistolet et un scanner. Le jeu est sorti le 1er octobre sur PC, PS5 et Xbox Series.

La grande réussite tient à l’espace. Chaque secteur raconte quelque chose de la catastrophe qui a ravagé le complexe, avec ses machines, ses traces d’activité humaine et ses formes de vie franchement peu recommandables. La caméra en vue de dessus pourrait refroidir l’horreur ; elle produit au contraire une inquiétude permanente, parce que l’écran laisse toujours deviner davantage qu’il ne montre. Le son fait le reste : bruits métalliques, grondements, gargouillis et silences donnent au complexe une profondeur qui dépasse largement ce que le personnage peut voir.

La carte aux trésors

Le cœur du jeu est toutefois son labyrinthe. Portes fermées, outils à récupérer, chemins qui s’ouvrent plus tard, améliorations cachées : « End of Abyss » applique avec sérieux la vieille recette metroidvania. Le plaisir vient de cette sensation de comprendre progressivement un endroit qui semblait d’abord parfaitement hostile. Les meilleurs moments sont ceux où l’on retrouve une porte aperçue une heure plus tôt et où l’on réalise enfin ce qui permet de l’ouvrir.

Le problème, c’est que cette logique de l’exploration devient parfois une logique de l’errance. Plusieurs critiques ont relevé le manque de signalisation, les allers-retours et une carte qui peut conserver des informations trompeuses sur certaines portes. Les bugs viennent encore compliquer l’affaire, certains testeurs ayant rencontré des blocages ou perdu une partie de leur progression.

C’est dommage, parce que l’étrangeté du monde est suffisamment réussie pour mériter un jeu plus fluide. End of Abyss ressemble parfois à un premier album prometteur dont on entend déjà la personnalité, mais où quelques morceaux auraient gagné à passer encore par le studio. Même les critiques les plus enthousiastes signalent ces problèmes, tandis que les plus sévères reconnaissent presque toutes la force de l’atmosphère. Reste cette descente dans les entrailles d’un complexe où chaque porte semble cacher une mauvaise nouvelle. Pour un premier jeu, Section 9 signe quelque chose de suffisamment singulier pour qu’on accepte de se perdre un peu. À condition d’aimer les cartes compliquées et les développeurs qui vous font parfois regretter d’avoir voulu tout explorer.

★★★★☆

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Théo Delmas

Lecteur historique de "Midi Olympique" mais aussi de "Magic RPM" (Canal historique) et des Inrocks, Théo tient à rester discret sur sa vie privée. On respecte.

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