Et si le Christ était revenu en livre de poche ?

Et si le Christ était revenu en livre de poche ?
Et si le Christ était revenu sans faire de bruit, sur les tables des librairies ? Entre les gnostiques, les sans roi de Pacôme Thiellement et un texte dicté par une inconnue, retour sur « Les Lettres du Christ », un livre qu’on relit sans jamais l’épuiser.

Il y a un an, je suis entré en librairie pour acheter du Luther. Je voulais lire « Laissez Dieu être Dieu », parce que je me demandais s’il existait une autre façon de vivre le christianisme que celle, catholique, qu’on m’avait expliquée : un clergé, des règles, des interdits à tous les étages. Sur une table, à côté, un autre livre, sans auteur, m’a arrêté : « Les Lettres du Christ ». Je suis reparti avec les deux. C’est le second que je lis et relis sans cesse.

La scribe du Christ

Le principe est simple et vertigineux. Ces lettres auraient été dictées à une personne préparée toute sa vie à les recevoir. Là où Gitta Mallasz signait ses « Dialogues avec l’ange », celle-ci a tenu à rester anonyme (on la dit sud-africaine). Pas de prophète à suivre, pas de gourou à qui écrire. Seulement un texte.

Ce que dit ce texte, c’est que le message de Jésus a été déformé. Le Christ y explique qu’il parlait par images, les seules que ses contemporains pouvaient entendre, et que ceux qui l’ont écouté, puis ceux qui se sont convertis, les ont filtrées à travers leur propre culture et adoucies. Le livre raconte ce qu’il a dit, comment on l’a compris, et ce qu’il fallait comprendre. C’est un livre épais : on a beau le lire et le relire, on s’aperçoit qu’on est resté à la surface.

La continuation de l’Empire sous d’autres formes

Et l’Église dans tout ça ? Dans les évangiles, je ne vois ni confession ni clergé tels qu’on les pratique aujourd’hui. Selon ces lettres, le Christ n’a jamais voulu fonder de religion. Une s’est fondée en son nom, et elle a gardé le goût des règles sur tout. C’est aussi, sous un autre angle, la thèse de Pacôme Thiellement dans « L’Empire n’a jamais pris fin », notamment dans ses épisodes sur le christianisme et Marie-Madeleine : l’Empire romain n’a pas disparu, il a changé de costume. Les gnostiques, les sans-rois, tous ceux qui ont refusé les trônes et les intermédiaires avaient senti le problème bien avant nous.

Alors voici ce que je crois, et je le dis comme une conviction, pas comme une preuve : c’est la manière dont il a choisi de revenir. Reprendre forme humaine dans notre monde déclencherait des polémiques à n’en plus finir. Un livre, lui, se pose sur une table. Il est édité chez Pocket, il suit son chemin, chacun est libre de le prendre ou de passer son chemin, d’être touché ou non, d’en parler autour de soi. Le message se transmet simplement, sans controverse. Certaines de ces lettres s’écoutent même sur YouTube.

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Alain Cattet

Professeur en Franche-Comté, Alain Cattet partage son temps entre ses élèves, ses disques et les longues marches dans les forêts du Doubs. Solitaire assumé, il écoute la musique comme d'autres lisent : seul, lentement, et souvent la nuit. Pour A-C-I-D, il écrit sur les albums, les livres et les films qui demandent du silence pour être compris.

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