Banjour tristesse
Après une décennie égarée dans l’auto-tune, Kurt Wagner revient à l’os, escorté d’un banjo inattendu.
Sur Internet circule une affichette : « Cours de banjo », avec en bas une rangée de languettes à détacher, toutes marquées « Non merci ». Kurt Wagner, lui, a dit oui. Le patriarche de Nashville, qui avait commencé en country alternative avant de toucher la grâce avec « Nixon », « Is a Woman » et le double « Aw C’mon » / « No You C’mon », s’était ensuite perdu dans des machines à voix trafiquées. Le voilà revenu à l’essentiel : une voix, une guitare, un chœur, et le banjo de Justin Vernon. Ironie délicieuse : c’est l’héritier de Bon Iver, prince de l’auto-tune, qui ramène l’ancêtre à la voix nue. Enregistré en trois jours dans le Wisconsin, l’album est né d’un vieux gospel country entendu à la radio en allant faire le plein, et en garde la ferveur fragile. Le banjo ne fait jamais fuir ici : il pince, il veille, il console. Pour une fois, on ne déchirera pas la languette.
★★★★☆
