Mue lente
Un homme se réveille dans le corps d’une femme. Le pitch est vertigineux, le film beaucoup moins.
David, photographe solitaire, passe la nuit avec une inconnue. Au réveil, il est dans son corps à elle. Niels Schneider devient Léa Seydoux, sans effets spéciaux ni explication… à part une recherche sur le net à propose de la métempsycose. Arthur Harari adapte ici « Le Cas David Zimmerman », le roman graphique qu’il a écrit avec son frère Lucas, et refuse tout ce que le genre autorise d’habitude : ni comédie, ni frisson, ni grand discours sur l’identité.
L’audace est réelle. Les deux comédiens sont habités. Paris, elle, est filmée comme une ville vidée de ses passants. Ceci installe une étrangeté troublante. Mais à force de silences et de distance, le film finit par nous tenir à l’écart. Le récit d’un homme qui disparaît dans un autre corps laisse surtout disparaître l’émotion. Et ses longueurs pèsent. Auréolé du succès de « Onoda » et de l’Oscar du scénario pour « Anatomie d’une chute », Harari pouvait se permettre ce pari exigeant. On doute qu’un débutant aurait pu monter un projet pareil. « L’Inconnue » n’aurait sans doute jamais été tournée par un inconnu : le prestige lui a ouvert les portes. Peut-être aussi au détriment d’un montage plus serré.
★★★
