Simon Liberati, matricule 103
Dans « Stanislas », l’écrivain dandy revient sur ses années dans le collège catholique le plus chic de Paris. Un récit à vif, précieux pour comprendre l’homme, moins pour découvrir l’auteur.
Pour beaucoup, Simon Liberati, c’est d’abord un visage : celui d’une vieille séquence chez Ardisson dans « Tout Le Monde En Parle », où il apparaît éméché, et qui tourne régulièrement en boucle sur les réseaux. C’était en 2004, lors de la sortie de son roman « Anthologie des apparitions », son premier livre, publié chez Flammarion par son ami Frédéric Beigbeder (les deux finiront en garde à vue ensemble quatre ans plus tard, pour usage de stupéfiants). L’image a la vie dure. Elle est injuste : Liberati est l’un des plus beaux stylistes de la littérature française. « Stanislas » aide à comprendre d’où vient la fêlure. Liberati n’est pas issu d’une « grande famille ». Mais c’est quoi, une grande famille ? Parce qu’il y en a des petites ? Un père poète surréaliste, une mère ancienne danseuse des Folies Bergère : un enfant de la bohème, lâché parmi les fils de notables. On l’appelle « Liboche ». Il porte le numéro 103 comme un numéro d’écrou, car l’école, chez lui, c’est une prison.
L’évasion passe par les livres, René Daumal en tête, qui le construisent plus sûrement que les bons pères. Elle passe aussi par la ville : on arpente avec lui le Saint-Germain-des-Prés et l’Odéon des années 70, ses librairies, ses cinémas (dont [nom de la salle], devenu depuis Gibert musique). Liberati respecte le pacte de l’écrivain qui se raconte : tout dire, s’exposer, quitte à se faire mal. C’est sa force. Mais ce récit éclaire d’abord une vie, et parlera surtout à ceux qui connaissent l’œuvre. Pour les autres, mieux vaut commencer par les romans : « Anthologie des apparitions », ou « Performance », prix Renaudot 2022.
★★★☆☆
