« And Their Refinement of the Decline » appartient à cette catégorie rare des disques qui ne cherchent pas à être écoutés, mais habités : une musique qui ne se déploie pas dans le temps mais dans l’espace, qui ne s’impose jamais mais finit par tout occuper. À force de lenteur, de retenue et de disparition progressive de ses propres contours, l’album agit moins comme un objet sonore que comme un environnement mental.
Étiquette : avant garde
Cet album pourrait passer pour un objet venu d’une autre planète, mais son étrangeté est étrangement rassurante. Anthony Manning, électron libre de l’IDM britannique, transforme la boîte à rythmes Roland R‑8 en instrument d’orfèvre : chaque clic, chaque battement semble mûri au microscope, recomposé, retourné sur lui-même jusqu’à ce que le geste mécanique devienne organique.
Depuis leurs débuts à Düsseldorf au milieu des années 90, Mouse on Mars, duo formé de Jan St. Werner et Andi Toma, navigue entre techno, IDM, ambient et expérimentations sonores. Toujours à la frontière entre la rigueur allemande et le chaos organique. Leur musique, à la fois cérébrale et tactile, semble dialoguer avec le monde numérique autant qu’avec le vivant.
Avec « Collide », Leif transforme l’électronique en chambre d’échos émotionnelle : un disque de frottements, de souvenirs mal rangés et de matières sonores qui s’entrechoquent sans jamais se neutraliser. Un album discret, mais majeur, qui confirme l’art singulier du producteur britannique à faire de l’accident une esthétique et du fragment une forme de grâce.
À 70 ans, Kim Gordon ne regarde pas en arrière. Plutôt que de s’installer dans le confort d’un héritage rock, elle façonne le bruit du futur avec « The Collective », un album où trap déconstruite, spoken-word spectral et beats industriels s’entrechoquent. Loin des guitares noisy de Sonic Youth, elle explore un territoire abrasif, radical, où chaque son semble taillé au scalpel.
Si vous aimez les histoires d’erreurs fécondes, d’imprévus riches en possibilités nouvelles, le hasard qui fit que Stefan Betke a fait un jour tomber l’un des filtres qui lui servent à composer sa musique électronique, va vous plaire.
« Groupe culte » est un terme qui va comme un gant à ce groupe montréalais. « Sans concessions » est un terme également accolé à ce combo de la galaxie Constellation (Fly Pan Am, A Silver Mount Zion), comme les Ecossais de Mogwai, capables de jouer avec les tympans de leurs spectateurs, le sont.
Oneohtrix Point Never déconstruit la musique comme un architecte déconstruit un bâtiment. Entre harmonies new age détraquées, jingles synthétiques et montages sonores abrupts, Daniel Lopatin façonne un album cérébral et insaisissable, où chaque piste semble se rebeller contre l’ordre établi. Dix ans après, ce casse-tête électronique n’a rien perdu de son étrangeté fascinante.
Sonic Youth quitte Geffen pour Matador, mais l’esprit reste intact. Toujours fidèles à eux-mêmes, les New-Yorkais livrent un album énergique et distordu, dans la lignée de leur discographie impeccable. Pas un sommet, mais une nouvelle preuve de leur singularité.
Johann Johannsson « IBM 1401, A User’s Manual »1 CD (4AD/Beggars), 2007
