B.O. « Punch Drunk Love »
Difficile de rendre justice à une B.O. écoutée avant d’avoir vu film le film auquel elle est rattachée : écoutée seule, la B.O. doit se défendre avec son seul intérêt musical, sans être « aidée » par les images mentales du film qui, habituellement, restent dans la mémoire l’auditeur, après que celui-ci ait vu le film.
On achète d’ailleurs souvent une B.O. parce qu’on aimé le mariage d’une histoire qui nous a plu et d’une musique qui nous a transportés. ici, c’est donc vierge de toute image (sinon, celle de la bande-annonce, vue une fois, et celle de la pochette) que l’on se plonge dans cette musique signée Jon Brion.Cet homme n’est pas un inconnu, puisqu’il a participé à « Largo », le dernier album du jazzman Brad Mehldau, où celui-ci, justement, larguait l’esthétique jazz pour celle de la pop.
Si l’on excepte quatre titres : les chansons « Danny (lovely blue boy) », (de Ben Weisman et Fred Wise, chantée par Conway Twitty), « He needs me » (d’Harry Nilsson, chantée par Shelley Duvall alias Olive dans le « Popeye » de Robert Altman), « Waikiki » (d’Andy Cummings, chanté par Ladies K) et l’instrumental « Moana chimes » (de Johnny Noble at M.K. Moke), Brion signe le « musical score » tout entier.
On recommandera la chanson « Here we go », signée Jon Brion (elle reprend le thème principal du site) mais dont on ne sait pas qui la chante. Quoi qu’on a peut-être la réponse. Ne serait-ce pas la voix de Brion ? En effet, l’album précise que sur « Moana Chimes », la guitare hawaïenne est tenue par Greg Leisz, mais que sur l’album, tous les autres instruments sont jouées par Jon Brion himself. A part les séquences orchestrales.
Car, dans la plus pure tradition des B.O., celle de « Punch drunk love » (« Ivre d’amour ») est en grande partie une musique orchestrale : le Los Angeles Orchestra et le London Orchestra ont tous deux participé à l’enregistrement. Sauf que la la tradition, Brion y adhère tantôt, et la « malmène » parfois … mais pour le bien de sa B.O.
Brion signe une musique qui rappelle tout à la fois les musiques des comédies musicales des années 50 comme « Singing in the rain » ou « Un américain à Paris », la joie de vivre des films de Tati, le rock des crooners, l’électronique et la pop. Le piano de « Punchy tack piano » ne vous lâche plus une fois que vous l’avez entendu, et l’on plonge dans une sorte de panorama musical de la musique populaire américaine depuis l’après-guerre. Un ravissement.
***
« Punch Drunk Love »
1 CD (Nonesuch/Warner), 2003
Overture / Tabla / Punch Drunk Melody / Hands & Feet / Le Petit Château / Alleyway / Punchy Tack Piano / He Needs Me / Waikiki / Moana chimes / Hospital / Danny (Lonely blue boy) / Healthy choice / Third floor hallway / Blossoms & blood / Here we go / He really needs me
samedi 25 janvier 2003
