Mark Eitzel en dehors du club

Mark Eitzel en dehors du club
Délaissant pour un temps American Music Club, Mark Eitzel s’offre un disque de jazz-pop nocturne, porté par une trompette superbe et cette voix lasse qui semble avoir déjà tout vécu.

On reconnaît immédiatement Mark Eitzel, mais pas vraiment American Music Club. Pour son premier album solo, le chanteur délaisse une partie de la noirceur rock de son ancien groupe pour quelque chose de plus feutré, plus jazzy, presque mondain. La trompette de Mark Isham y fait beaucoup. Elle flotte autour des chansons comme une lumière de bar après la fermeture, pendant qu’Eitzel chante avec cette fatigue magnifique, jamais vraiment plaintive, qui donne aux histoires d’amour ratées une élégance de fin de soirée. On pense parfois à Joe Jackson, parfois à “Stray” d’Aztec Camera (1991), à cette pop sophistiquée qui regarde le jazz sans chercher à faire du jazz. Mais Eitzel reste Eitzel : derrière les arrangements soyeux, les bars, les séparations et les solitudes continuent de boire leur verre. C’est peut-être ce qui rend le disque si attachant. Une musique qui semble avoir mis une veste élégante pour mieux dissimuler ses bleus.

★★★★☆

Mark Eitzel “60 Watt Silver Lining” (1996)

J-Marc Grosdemouge