Vol bas, voix haute
Quatre ans après « The Great Awakening », Jonathan Meiburg et Shearwater reviennent avec un disque autoproduit, financé par leur public. Une musique qui rase les flots pour mieux s’élever.
Au milieu des années 2000, The National et Shearwater ont surgi presque en même temps, avec le même goût pour les chansons qui finissent par occuper tout l’espace. Vingt ans plus tard, l’un remplit les stades. L’autre sort son disque sans label, et son chanteur tourne ses clips en Antarctique. Car Jonathan Meiburg est ornithologue autant que musicien, et le nom du groupe n’a rien d’un hasard. Le shearwater, c’est le puffin, un oiseau qui file au ras des vagues. Le paradoxe, c’est que sa voix, elle, ne cesse de prendre de la hauteur. Ce falsetto qu’on avait tant aimé ouvre l’horizon dès les premières minutes. Et le disque tout entier semble filmé en plan large. National Geographic devrait peut-être passer un coup de fil.
On pensera à The War on Drugs pour le grand format, mais là où Adam Granduciel avance sur la route, Meiburg monte. Son vrai cousin serait plutôt le Talk Talk de « Spirit of Eden », et ceux qui se souviennent de Bed retrouveront ce même raffinement discret. Que l’on ne s’y trompe pas pour autant : au détour d’un morceau (« The only sound i’m afraid of »), un riff obstiné grimpe comme celui de « Kashmir », et c’est tout le groupe qui décolle. C’est que le nouveau monde du titre n’est pas seulement polaire : un qanûn venu du monde arabe et un ngoni d’Afrique de l’Ouest s’invitent dans le paysage. Cet album est un refuge quand le monde gronde au loin. Il y a des noms qu’on est heureux de retrouver, comme les albatros avec leurs ailes trop grandes pour eux.
★★★★★
Shearwater « The New World », 2026
En concert à Paris (Petit Bain) lundi 9 novembre 2026.
