« Le Clan de Walden » : Thoreau fait sauter la baraque

Catherine Meurisse embarque Henry David Thoreau dans une comédie d’écosabotage. Animaux bavards, patrons bornés, barrage à faire tomber : la nature, version joyeux bordel.
1845 : Thoreau tourne le dos à l’Amérique des usines et plante sa cabane au bord de l’étang de Walden. Le genre d’histoire qu’on imagine illustrée en aquarelles sages, le philosophe pensif sous les arbres. Catherine Meurisse, qui avait déjà raconté son enfance à la campagne dans « Les Grands Espaces », a d’autres projets pour lui : quand un barrage menace l’étang, Thoreau prend la tête d’une bande d’humains et de bêtes bien décidés à ne pas se laisser noyer.

Et ça déménage. Les animaux ont un avis sur tout et le donnent, un chasseur fulmine, les industriels comptent leurs dollars, et Rachel Carson, la biologiste du « Printemps silencieux », débarque d’un autre siècle comme si de rien n’était. Meurisse prend Thoreau au sérieux sans jamais se prendre au sérieux elle-même. Sous la farce, tout notre présent y passe : paysages bétonnés, vivant saccagé, et cette vieille question que posait déjà Thoreau, celle de la désobéissance civile.
Le piège était la BD pédagogique, avec un Thoreau professeur et des animaux distribuant les bons points. Meurisse l’évite par le désordre : un trait nerveux, des couleurs lumineuses, des bêtes franchement cabotines. Les idées circulent sans que chaque page tourne au tract.
Seul bémol : cette révolte est si gaie, si colorée, qu’on signe pour le Clan avant d’avoir discuté. La fable gagne en légèreté ce qu’elle perd en rugosité. Mais le goût du décalage sauve tout : rarement défendre une forêt aura donné autant envie de mettre le feu aux poudres.
★★★★☆






