Cuite de soi
Après la justice restaurative, Jeanne Herry s’attaque à l’alcool. Ou plutôt à ce qu’il cache. Portée par Adèle Exarchopoulos et Sara Giraudeau, « Garance » est une réussite.
Garance est actrice. Garance est paumée. Garance boit. Pendant plusieurs années, en partie à l’époque du Covid, Jeanne Herry la suit, entre déménagements, tournages, amours et soirées. L’envie de faire la fête est là, tout le temps. Avec ses conséquences sur sa santé et sur son travail.
Pas de caméra qui vibre, pas de flou, pas d’effet. Herry filme normalement. L’alcool est simplement très présent, comme dans la vraie vie. On voit Garance rentrer bourrée. En revanche, on ne la voit pas gerber. Le film ne juge pas, il ne se complaît pas non plus. Car sous l’alcool, il y a autre chose. Un problème psy pas traité, jamais nommé. Garance a parfois du mal à sortir de chez elle. Pourtant, elle a beaucoup d’amis. L’alcool l’aide à aller vers les autres. C’est sa clé, et sa prison.
Autour d’elle, les mains se tendent. Sa sœur lui demande de bouger. La médecin qui lui montre les clichés de son foie malade a bien du mal à la convaincre de faire un sevrage. Enfin, Pauline, sa petite amie (Sara Giraudeau, actrice toujours juste) va l’aider. L’amour ne guérit pas tout, mais il y contribue. Et Garance saura, elle aussi, lui montrer qu’elle est là pour elle. Certes, tout n’est pas abouti. Certaines choses ne sont qu’esquissées, comme cette sœur très malade dont on ne sait pas si elle survit. Mais après Je verrai toujours vos visages, Jeanne Herry confirme qu’elle sait traiter les sujets de société sans sermon. Un film pour personne en particulier, et pour tout le monde.
★★★★
