Sigmaringen, c’est souvent l’angle mort dans le grand récit de la Seconde Guerre Mondiale, ce lieu de repli, grotesque et sinistre, où les débris du régime de Vichy se réfugient à l’automne 1944, croyant encore exister, avec même un journal et une radio qui émet deux heures chaque soir. Philippe Collin en fait un théâtre d’ombres, peuplé de fantômes convaincus d’être vivants. Pendant huit heures, il réussit à captiver sans relâche avec les figures secondaires de l’Histoire (Jean Luchaire, Fernand de Brinon, Marcel Déat, Jacques Doriot), ces noms qu’on croise dans les marges des manuels, trop souvent éclipsés par le duo Pétain-Laval.