Encore un peu d’été
Dans une époque où les productions cherchent souvent à multiplier les textures, les couches et les effets, Beverly Glenn-Copeland choisit l’espace, le piano et une voix d’une grande fragilité. Un disque doux et apaisé, qui se découvre surtout d’une traite.
La saturation : tellement de disques cherchent aujourd’hui à multiplier les textures, les couches, les effets, les détails de production qu’un album qui laisse de l’espace peut produire une sensation assez rare. On aime pourtant les productions poussées, notamment dans le hip-hop, où l’empilement et le travail du son peuvent devenir une forme d’art à part entière. Mais il faut aussi des choses simples et calmes. “Laughter in Summer” est fait pour ça.
Beverly Glenn-Copeland ne cherche pas à impressionner. Le piano et la voix occupent l’essentiel de l’espace, avec quelques arrangements et des chœurs qui viennent accompagner les chansons sans les alourdir. L’album a d’ailleurs été enregistré à Montréal, au Hotel2Tango, avec Elizabeth Copeland et un chœur de voix montréalaises. Les neuf morceaux ont été capturés dans des conditions très directes, certaines prises étant conservées telles qu’elles.
A découvert
Ce dépouillement crée une véritable intimité. La voix de Glenn-Copeland, sensible et fragile, peut parfois évoquer ANOHNI par son timbre et sa manière de laisser passer l’émotion, même si les productions de cette dernière sont généralement beaucoup plus luxueuses. Ici, pas besoin de grandes nappes de cordes pour faire monter l’émotion. La chanson est là, presque à découvert. On pense aussi à Vashti Bunyan pour cette manière de poser son cœur sur la table, sans chercher à masquer les chansons derrière la production. Ce qui compte, c’est la proximité, le peu de choses nécessaires pour faire naître une émotion. Et surtout cette impression d’avoir passé un moment suspendu.
“Laughter in Summer” est typiquement le genre de disque à écouter du début à la fin, comme on pouvait autrefois le faire avec un vinyle ou un CD, sans le saucissonner pour en extraire deux ou trois morceaux. Les neuf chansons forment un ensemble de 36 minutes qui gagne à être traversé d’une traite. C’est peut-être finalement ce que Beverly Glenn-Copeland réussit de plus beau : faire beaucoup avec peu, sans jamais donner l’impression de démontrer quoi que ce soit. Une musique douce, apaisée, émouvante, qui laisse suffisamment de place pour que l’on puisse simplement l’écouter. Et parfois, c’est largement suffisant.
★★★★★
Beverly Glenn-Copeland “Laughter in Summer” (2026)
