Factory Records, l’utopie mancunienne

Factory Records, l’utopie mancunienne
Plus qu’un simple label, Factory Records était une révolution culturelle. Fondé en 1978 à Manchester par Tony Wilson, Alan Erasmus et Peter Saville (aux pochettes légendaires), il a redéfini le post-punk et posé les bases de la new wave, du rock alternatif et même de la rave culture. Expérimental, avant-gardiste, Factory était aussi un chaos financier absolu, culminant avec l’aventure de l’Hacienda, club mythique et gouffre économique.

Mais au-delà de la folie managériale, Factory a produit quelques-uns des plus grands albums de l’histoire. Voici cinq disques incontournables du label.


Joy Division « Unknown Pleasures » (1979)
Joy Division - Unknown Pleasures
Joy Division – Unknown Pleasures

Un disque fantomatique, essentiel. Sous la production glaciale de Martin Hannett, Joy Division invente un post-punk spectral, entre urgence punk et froideur industrielle. « Disorder », « She’s Lost Control », « Shadowplay » : des morceaux habités par la voix hypnotique de Ian Curtis et le jeu de basse métronomique de Peter Hook. Un album qui hantera toute la new wave et au-delà.


Joy Division « Closer » (1980)
Joy Division - Closer
Joy Division – Closer

L’album du point de non-retour. Sorti après le suicide de Ian Curtis, « Closer » est encore plus sombre et expérimental qu’ »Unknown Pleasures ». « Isolation », « The Eternal, Decades »… une descente hypnotique vers l’abîme, où chaque note résonne comme un adieu. L’un des plus beaux albums tragiques de l’histoire.


New Order « Power, Corruption & Lies » (1983)

Après Joy Division, Factory ne s’effondre pas : il se réinvente avec New Order, qui fusionne post-punk et musique électronique. « Power, Corruption & Lies » est leur premier chef-d’œuvre, où le spleen rencontre les dancefloors. « Age of Consent » est une claque new wave, « Your Silent Face » un bijou synthétique. Sans oublier « Blue Monday » (sorti en single), qui révolutionnera l’électro-pop.


The Durutti Column « The Return of the Durutti Column » (1980)

Le côté expérimental et rêveur de Factory, pas forcément le plus vendeur mais l’histoire retiendra que Tony Wilson et l’argent, ça faisait deux. Vini Reilly, guitariste virtuose et mélancolique, compose un album instrumental où ses arpèges cristallins se mêlent aux textures ambient. Un disque inclassable, entre post-rock avant l’heure et jazz abstrait. Et un véritable trésor caché du label.


Happy Mondays « Pills ‘n’ Thrills and Bellyaches » (1990)

La fin de l’ère Factory, dans une explosion de folie hédoniste. Les Happy Mondays, menés par le déglingué Shaun Ryder, fusionnent rock, acid house et funk poisseux. « Step On », « Kinky Afro », « Loose Fit » sont des hymnes rave crades et géniaux. C’est le Manchester sous ecstasy, la bande-son d’une génération, et aussi le début de la chute du label, vidé par les excès de l’Hacienda.


Factory Records a changé la musique, du post-punk à la house en passant par la new wave. Il a aussi coulé dans la mégalomanie, mais son influence reste omniprésente. Joy Division, New Order et l’Hacienda ont façonné Manchester, qui continue de vibrer sous leur spectre.

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Théo Delmas

Lecteur historique de "Midi Olympique" mais aussi de "Magic RPM" (Canal historique) et des Inrocks, Théo tient à rester discret sur sa vie privée. On respecte.

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