Sous les pavés, l’Iguane
Mogwai et pop sont deux mots qui, contrairement à Michelle et ma belle, ne vont pas très bien ensemble. Sauf quand il s’agit de Pop, Iggy.
Depuis trente ans, les Écossais bâtissent des cathédrales de larsen et de silence, un rock dur, habité, où la voix humaine est priée de rester sur le parvis. Alors quand quelqu’un ose enfin y prendre la parole, on tend l’oreille. Et quand ce quelqu’un a la voix d’un iguane revenu de tout, on se dit que l’affaire est sérieuse. Rien d’un coup marketing, pourtant. Adolescent, Stuart Braithwaite usait jusqu’à la trame une VHS d’Iggy en concert, et tenait le premier Stooges pour un livre saint. Trente ans plus tard, le gamin de Glasgow convoque son dieu. On connaît des fins de contes de fées moins réussies.
Le dieu, lui, n’a pas mis d’eau dans son bourbon. À 79 ans, torse nu dans l’âme, Iggy crache dans la soupe avec une gourmandise de sale gosse. Le producteur trop malin, trop riche pour être grossier : dégagé. Les nepo kids, ces héritiers dispensés de tube par la grâce d’un nom de famille : giflés. Les Stones : enterrés vivants d’une ligne, plus rien n’a bougé depuis eux. Le refrain, « Underground, you’re my home », est lâché comme un serment d’ivrogne. Savoureux, de la part d’un homme que la France a découvert sur les ondes, en 1993, avec « In the Death Car » et la BO d' »Arizona Dream ». Mais Iggy n’a jamais vraiment quitté la cave : il en a seulement entrouvert la trappe, le temps de voir si le monde valait la peine. Verdict : non. Et c’est jouissif.
Au passage, Mogwai entrouvre sa forteresse à des oreilles qui n’auraient jamais osé y frapper, et prouve qu’après trois décennies de majesté instrumentale, le groupe sait encore se mettre en danger. « Underground » est aussi l’annonce de « Happy Tears », la compilation qui retrace la carrière des Écossais, attendue le 8 janvier 2027. Des larmes de joie, vraiment ? Avec Iggy dans la pièce, on parierait plutôt sur des larmes de rage.
