La « rencontre » avec un disque culte (comme le « Cargo culte ») se fait parfois au détour d’une conversation. Celle de « Melody Nelson », je l’ai faite en 1997. Je suis au village presse des Eurockéennes, et à quelques heures de monter sur scène avec son groupe, Radiohead, Colin Greenwood se tient devant moi pour une interview. J’ai beau me débrouiller dans la langue de Shakespeare, il a tenu à parler français au bout de quelques minutes. J’aurais pu me vexer, mais je comprendrai vite qu’il n’y a pas de quoi. Quand je lui pose la question « aimez-vous des artistes français ? Vous en connaissez peut-être… Je ne sais pas… Serge Gainsbourg ? » Quand il entend ce nom, les yeux du bassiste s’allument, et tout en me disant « Oh ! Seudge Gaisnbouw », il fouille dans son sac et en extrait une cassette. Il y a là tout l’album « Melody Nelson ». Colin pointe les titres sur la jaquette avec gourmandise. « Ah ! Melody » m’indique-t-il avec des étoiles dans les yeux. En écoutant cette chanson, et sa ligne de basse, on comprend pourquoi l’instrumentiste en charge de la quatre cordes chez Thom Yorke en a fait son miel.