Défi relevé grâce à la voix caverneuse de D’ de Kabal, un poète à la voix de rocaille, aussi peu accueillante que l’animateur radio Maurice dans sa libre antenne, usant de sa grosse voix qui fait « allô qui va là j’te prie ? » Il faut en effet se laisser rudoyer un peu par cet activiste vocal, qui dès le premier morceau sde l’album ’envisage comme une bombe humaine : ses phrases sont des uppercuts et ses directs verbaux au plexus. Autour de lui Franco Mannara (guitares, claviers, laptop, effets), Marc Ducret (guitares), Professor K (basse) et Alix Ewande (batterie) tissent une ambiance qu’on pourrait qualifier de Rage Against The Machine jazzy. Dense, cet album se compose de deux CD : une face de huit titres, un autre n’en comprenant que deux, dont un qui dure… dix-neuf minutes. Amertume de vivre, rage de dire, poésie urbaine : « un peu de sel sur une plaie ouverte » rapperait La Rumeur. « Ma plume éructe la douleur » scande D’ de Kabal : tel un chirurgien du verbe, il en use comme un scalpel. Bluffant et singulièrement émouvant, voici le frère teigneux d’Abd al Malik, ou le cousin de Diabologum, bref quelqu’un qui a de beaux quartiers de noblesse, et pratique le noble art des mots, en faisant rouler ses chataignes dans des boules de cuir.