Mus, pop climatique
Mus vient des Asturies et leur album est le genre de disque qui ne cherche jamais à s’imposer. Le duo formé par Monica Vacas et Miguel A. Fernández avance à pas feutrés, avec des guitares qui se déploient lentement, quelques claviers, une voix douce et cette manière très particulière de laisser les morceaux respirer.
« Casi ensin zarrar los güeyos » donne immédiatement la mesure : la musique semble flotter, comme suspendue au-dessus du sol. Les guitares dessinent un paysage brumeux sans chercher l’envolée spectaculaire. On pense parfois à Sigur Rós, mais Mus reste beaucoup plus dépouillé. Pas besoin d’un arsenal orchestral pour créer cette impression d’espace. Quelques notes, un piano, une guitare qui s’étire et le morceau semble déjà ailleurs. La voix de Monica Vacas apporte une fragilité supplémentaire. Qu’elle chante en asturien ou en espagnol, elle ne cherche jamais la démonstration. « Quien bien te quier » s’approche davantage d’une pop délicate, tandis que « Rencor » laisse entrer une tonalité plus folk. Mus peut ainsi passer d’une chanson presque immédiatement mélodique à quelque chose de beaucoup plus atmosphérique sans donner l’impression de changer de groupe.
C’est lorsque les guitares se font plus présentes que le disque révèle une autre facette. « Cuesta » avance vers une forme de tension, avec des guitares légèrement dissonantes, mais sans jamais tomber dans la surenchère. « Al debalu » joue lui aussi sur cette frontière entre douceur et inquiétude. Mus sait faire monter la matière sonore, puis la retenir juste avant qu’elle ne devienne démonstrative. C’est probablement ce dosage qui rend « El Naval » attachant. Le disque n’est ni véritablement rock, ni tout à fait folk, encore moins du post-rock au sens spectaculaire du terme. Il préfère les climats, les silences et les changements de densité. Une musique discrète, parfois très belle, qui semble toujours sur le point de disparaître.
★★★☆☆
Mus »El Naval », 1 CD (Acuarela/Poplane), 2002
