« Eden » a la suprême élégance de pas chercher à s’imposer. Il glisse dans l’air comme une fin d’après-midi d’été, laissant derrière lui des effluves de bossa nova, de jazz et de mélancolie pop. Au risque de rester éternellement un bjou pop pour amateurs ? C’est mal nus connaître, et l’on va se faire un plaisir de le (re)mettre en lumière pour qu’il brille de mille feux.
Jour : 31 janvier 2025
Cocteau Twins « Heaven or Las Vegas », 1 CD (4AD), 1990
Un disque en équilibre instable, entre bruit blanc et mélodies sucrées, entre chaos et extase. Un album qui semble vouloir s’effondrer à chaque seconde, mais qui tient miraculeusement debout, porté par une arrogance glaciale et une vision démente du rock’n’roll.
« Screamadelica », c’est l’after de l’after, l’aube après une nuit blanche, la descente après l’extase. Plus de trente ans après, certains n’ont toujours pas retrouvé le chemin du bercail. Ils disent qu’ils ont perdu leur Carte Orange, mais leurs yeux rougis trahissent le bobard. L’album n’appartient à aucun genre, c’est une montée (pas celle d’escalier), ou un crash à la J.G. Balard, mais au ralenti. Un disque à écouter à fond, de préférence à 3 heures du matin, dans un état second.
Avec « Pumpkin », Tricky poursuit son exploration des zones grises de l’âme humaine, là où la lumière vacille et où l’ombre semble prendre racine. Cinquième piste de Maxinquaye, ce morceau est une lente immersion dans un univers trouble, mêlant poésie désabusée et textures sonores en clair-obscur. Si le trip-hop avait un cœur battant, « Pumpkin » serait l’une de ses pulsations les plus énigmatiques.
Quand « La Veillée des chaumières » rencontre « Rock & Folk », quand la musique du diable se pratique comme le Sabbat en milieu rural. Cet « Emile »_là n’est pas un traité d’éducation à la Rouseau mais un livre d’histoires qu’on écoute au crépuscule, au coin d’un feu, en attendant que les esprits des bois viennent murmurer à notre oreille.
Mais impossible n’est pas Marianne, qui a toujours eu pour elle l’élégance du chaos. Il est des albums qui sonnent comme des confessions, d’autres comme des règlements de compte. « Broken English » est les deux à la fois. Quand Marianne Faithfull revient en 1979, elle a envoyé paitre la muse fragile du Swinging London, c’est une rescapée qui porte sur ses épaules les cendres de la décennie passée. Héroïne, rue, trahisons et mépris médiatique : elle revient de tout et n’a plus rien à perdre. Alors, elle n’épargne rien : ni elle, ni nous.
Disque enragé, parfois imparfait, mais toujours urgent, « Stacked Up » est un instantané d’une époque où la fusion n’était pas un produit formaté, mais une explosion sonore née d’une colère bien réelle. Entre hip-hop, punk, metal et électro, Senser crache sa révolte sur fond de guitares hargneuses et de beats assassins. Un album où chaque riff est un pavé lancé contre l’ordre établi, chaque ligne un manifeste. Trente ans plus tard, la rage est intacte, et la question reste la même : « What’s going on? »
On avait découvert Charles Souchon à l’époque son premier album « Mi » et un peu perdu sa trace. Il a toujours cette voix éraillée reconnaissable entre mille, mais les hasards de la vie ou les algorithmes du Net nous ont fait recroiser sa route. Et il chante aigu, « et tout est moins grave »… dans le sens moins douloureux.
« L’album à la banane » n’est pas un simple album. C’est une porte d’entrée vers un monde parallèle, une œuvre qui ne cherche pas à plaire mais à marquer au fer rouge.
