Le murmure après la mue

Le murmure après la mue
Un disque qui parle bas dans un monde saturé de voix. Bon Iver abandonne les architectures conceptuelles et les faux vertiges pour une folk dépouillée, fragile, presque à vif. “SABLE, fABLE” capte l’instant d’après : celui où l’on ne cherche plus à impressionner, seulement à tenir.

Il fut un temps où Bon Iver incarnait l’excès contrarié : trop de couches, trop de concepts, trop de chiffres dans les titres, comme si Justin Vernon cherchait à se dissoudre dans ses propres dispositifs. SABLE, fABLE fait l’effet inverse. Un disque qui retire au lieu d’ajouter. Qui n’avance plus masqué. Qui parle bas, presque à contretemps de l’époque.

Rien ici de spectaculaire, et c’est précisément ce qui frappe. Les chansons semblent tenir par un fil, écrites dans une économie de gestes radicale : quelques accords, une voix souvent laissée à nu, des arrangements qui ne décorent pas mais entourent. Vernon ne reconstruit pas un monde, il observe ce qu’il en reste. La folk, longtemps tordue, triturée, filtrée jusqu’à l’abstraction, retrouve une forme de gravité simple. Pas rassurante, mais stable.

La scission annoncée par le titre n’est pas un concept plaqué. “SABLE” est sombre, resserré, presque claustrophobe : un territoire de doutes, de fatigue, de phrases incomplètes. “fABLE” ne promet pas la lumière, mais un déplacement. Les mélodies s’ouvrent à peine, les chœurs apparaissent comme des silhouettes lointaines. Rien n’explose. Tout persiste. La douceur n’efface pas la tension : elle la rend vivable.

Ce disque ne cherche ni la rédemption ni la renaissance. Il documente un état. Celui d’un artiste qui n’a plus besoin de se réinventer pour exister. “SABLE, fABLE” est un album de l’après : après la hype, après les ruptures esthétiques, après l’idée même de carrière comme trajectoire ascendante. Un disque qui accepte la fragilité sans la transformer en posture.

★★★☆☆

Bon Iver “SABLE, fABLE” (Jagjaguar), 2025

Joseph Py