Vingt minutes pour serrer la vis

Vingt minutes pour serrer la vis
YHWH Nailgun livre un disque qui refuse obstinément de s’expliquer. Dix titres, un peu plus de vingt minutes, et l’impression d’avoir traversé un espace clos où l’air se raréfie vite. Appelons-le album, EP long ou manifeste compact, peu importe. Ce qui compte, c’est la densité.

Sorti sur AD 93, label devenu en quelques années un refuge pour les musiques qui avancent à couteaux tirés, “45 Pounds” s’inscrit dans une filiation noise punk new-yorkaise contemporaine, mais sans nostalgie. Ici, pas de révérence appuyée à la no wave historique, plutôt une manière d’en reprendre la logique et de la pousser dans un angle mort. Rythmes disloqués, guitares abrasives, synthés secs, voix traitée comme une texture parmi d’autres.

Le disque tient surtout par son travail rythmique. La batterie ne soutient pas les morceaux, elle les gouverne. Les patterns se répètent, se désaxent, deviennent presque oppressants. Les morceaux sont courts, mais jamais expédiés. Chacun agit comme une cellule autonome, un micro-système sous tension, pensé pour fonctionner à plein régime sans relâchement.

La voix, enfouie dans le mix, refuse toute posture frontale. Elle n’explique rien, elle insiste. Elle martèle, elle parasite, elle ajoute une couche de nervosité supplémentaire à un ensemble déjà saturé. On n’est pas dans le slogan, encore moins dans le commentaire social explicite. La violence est structurelle, logée dans la forme même des morceaux.

Ce qui frappe, c’est la cohérence de l’ensemble. Malgré la brièveté, ce EP ne sonne jamais comme une compilation de titres. Le disque avance d’un bloc, sans respiration, sans hiérarchie évidente entre les morceaux. Une masse compacte, presque physique, qui se referme sur elle-même. Dans un paysage où beaucoup de groupes étirent leurs idées jusqu’à l’épuisement, YHWH Nailgun choisit la compression. Dire moins, frapper plus juste. “45 Pounds” ne cherche pas à durer. Il cherche à peser. Et il y parvient.

★★★☆☆

YHWH Nailgun “45 Pounds” (AD93), 2025

Charlie Doyle

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