Low “Christmas”
Derrière les codes rassurants du disque de Noël, Low signe un objet à contre-courant : huit titres lents, dépouillés, presque ascétiques, où les harmonies vocales transforment le folklore saisonnier en expérience de silence et de ferveur retenue. Un disque bref, modeste, et pourtant essentiel dans l’histoire du trio de Duluth.
Trois jeunes gens de Duluth, Minnesota, une ville du Nord, lacustre, plus proche du Canada que de la Californie. Deux d’entre eux sont mormons. Ils jouent une musique lente, dépouillée, presque suspendue. Et à la fin de l’année, ils publient un disque de Noël. À l’ouverture de l’objet, tout en carton, volontairement modeste, un mot manuscrit : « Bien que vous l’ayez acheté, considérez ceci comme notre cadeau », signé Mimi, Alan et Zak.
Sur le papier, l’anecdote pourrait prêter à sourire. Mais Low n’est pas un groupe anecdotique. À la fin des années 1990, le trio s’est déjà imposé comme l’un des noms essentiels de l’indé américain, figure centrale de ce que la critique désignera bientôt comme la slowcore : tempos ralentis, refus de l’emphase, économie radicale de moyens. Loin des circuits grand public -ceux des Zénith et des têtes de gondole Fnac, Low cultive une discrétion qui confine au manifeste, et travaille la pop comme on façonne un climat.
Ce qui distingue Low, ici comme ailleurs, tient d’abord aux voix. Des harmonies sobres, d’une beauté presque liturgique, qui évoquent une filiation lointaine avec les Beach Boys, débarrassée de toute lumière californienne. Sur “Christmas“, cette science de l’accord vocal agit comme un socle : même dans un format resserré, l’essentiel est là.
L’EP aligne huit titres : quatre compositions du groupe, quatre reprises, dont “Little Drummer Boy” (“L’Enfant au tambour” dans sa version américaine), étirée jusqu’à l’ascèse. Low ne cherche jamais l’illustration festive ; il ralentit, creuse, retire. Le répertoire de Noël devient ici matière à silence, à tension minimale, à ferveur retenue.
À rebours des disques saisonniers conçus comme des produits de circonstance, “Christmas” refuse toute logique de remplissage. Sa brièveté n’est pas un manque mais une position esthétique. Plutôt que de se l’acheter, mieux vaut peut-être l’offrir : l’EP fonctionne précisément comme cela, un objet à la fois intime et transmissible, capable de résoudre l’éternelle question du cadeau musical pour auditeurs exigeants. Un disque de Noël qui en est un, et un disque de Low avant tout.
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Low “Christmas”, 1 CD (Tugboat Records/PIAS)
