The Sleepy Jackson "Lovers"

The Sleepy Jackson "Lovers"
Entre pop rétro et mélodies délicates, “Lovers” revisite les canons des années 60/70 avec une douceur assumée. Un premier album rêveur, soigné et volontiers nostalgique.

Il n’y a pas que le revival punk pour occuper le terrain en ce début de millénaire. Tandis que d’autres s’acharnent à faire revivre l’urgence garage, une floraison de disques choisit la voie inverse : retour aux canons classiques de la pop, au songwriting équilibré, épuré, et pour tout dire gentillet. The Sleepy Jackson s’inscrit pleinement dans cette école du bon goût. Il faut dire que s’appeler Le Jackson endormi, c’est tendre un bâton pour se faire battre — ou au moins pour être soupçonné de mollesse chronique.

Derrière le groupe, Luke Steele, Australien de Perth, futur cerveau d’Empire of the Sun, compose alors comme on collectionne des vinyles anciens : avec révérence. Si vous n’êtes pas lassés de la préciosité d’un Ed Harcourt, si vous voulez savoir à quoi aurait pu ressembler The Divine Comedy si Neil Hannon avait troqué son ironie pour une passion exclusive pour Nick Drake, “Lovers” vous offre un aller simple express à l’heure des pantalons pattes d’eph et des orchestrations feutrées.

Ce n’est sûrement pas un hasard si ces Australiens ont intitulé leur album “Lovers”. Ce sont des loveurs, au sens presque littéral : ils font du Love, au sens Arthur Lee du terme. Harmonies délicates, mélodies arrondies, romantisme assumé. On peut y déceler quelques parentés avec le Velvet Underground (version carte postale), ou avec le rhythm’n’blues des Rolling Stones, mais toujours filtré, lissé, domestiqué. Même quand la musique se veut plus nerveuse (“Vampire Racecourse”), elle reste tenue par une production proprette, jamais dangereuse.

L’album connaîtra un succès honorable (charts britanniques, nominations aux ARIA Awards en Australie), sans pour autant dépasser son statut de disque d’esthètes. “Lovers” est un album appliqué, cohérent, parfois touchant, souvent trop bien élevé pour véritablement déborder.

Bref, on peut considérer que le revival a accouché de deux jumeaux en cette rentrée-là : le turbulent et le bien élevé. Pendant que certains renversent les tables, The Sleepy Jackson remet les chaises en place.

★★★☆☆

The Sleepy Jackson “Lovers” (Virgin/EMI), 2003

jeudi 6 novembre 2003

J-Marc Grosdemouge