SBTRKT bouscule le dubstep

SBTRKT bouscule le dubstep
La révolution émotionnelle de la bass music est en marche. SBTRKT, producteur masqué mais jamais distant, débarque avec un premier album qui bouscule les codes du post-dubstep en y injectant une profondeur inédite.

Entre grooves futuristes, textures organiques et performances vocales habitées, “SBTRKT” a tout du classique instantané. Un disque taillé autant pour les clubs que pour les nuits blanches, où chaque morceau vibre d’une intensité rare. Masqué mais pas distant, SBTRKT déboule avec un premier album qui n’a pas besoin de forcer pour s’imposer. L’électronique cherche toujours son futur, mais Aaron Jerome semble déjà y être. Son credo ? Une fusion élégante entre les textures moites du UK garage, l’introspection du post-dubstep et une approche pop qui n’a pas peur de l’émotion pure. Là où certains producteurs s’enferment dans la froideur clinique, SBTRKT insuffle une chaleur organique, en grande partie grâce à ses choix vocaux brillants.

Car oui, “SBTRKT” est un disque de producteur, mais ce qui le rend immédiatement inoubliable, ce sont les voix qui l’habitent. Sampha, encore inconnu du grand public, déploie un spleen magnétique qui rappelle D’Angelo sous valium. “Hold On” est une claque : un beat en suspension, des nappes rêveuses et cette voix qui frôle la rupture, comme si James Blake avait troqué sa froideur pour un peu de soul pure. “Never Never” pousse encore plus loin le concept : une rythmique déconstruite, une tension latente, une montée émotionnelle qui prend aux tripes. Ajoutez à ça “Wildfire“, bombe sensuelle portée par Yukimi Nagano (Little Dragon), et vous tenez déjà trois classiques en puissance.

SBTRKT ne se contente pas d’aligner les bangers mélancoliques. Tout l’album est un manifeste pour une bass music adulte, où la complexité des émotions prime sur la démonstration technique. Right Thing to Do avec Jessie Ware, “Something Goes Right” avec Sampha encore, ou Pharaohs et son groove moite… tout ici est pensé pour durer. L’onde de choc de “SBTRKT” ne va pas se limiter aux clubs londoniens. Trop de finesse pour le simple circuit dancefloor, trop de talent pour rester confiné à une niche, cet album est taillé pour exploser. Dans quelques années, quand on parlera des disques qui ont redéfini la musique électronique à l’aube des années 2020, celui-ci sera en haut de la liste.

★★★★★

SBTRKT “SBTRKT” (Young Turks)

Alain Cattet