“The Dog Stars”, l’apocalypse en pilote automatique

“The Dog Stars”, l’apocalypse en pilote automatique

Ridley Scott sait toujours filmer. Dommage que son histoire ne soit pas à la hauteur de ses images. Dans ce monde post-apocalyptique où presque tout a disparu, il reste pourtant beaucoup de choses : de l’électricité, des armes, des munitions, du carburant et même un avion.

Il faut reconnaître à Ridley Scott une chose : à 88 ans, le bonhomme sait encore fabriquer du cinéma. Les paysages, les lumières, les scènes de combat, les vols du petit Cessna au-dessus des étendues désertes du Colorado : tout est impeccablement cadré, monté, éclairé. Scott est un virtuose et “The Dog Stars” ne permet pas d’en douter. Le problème est que le cinéma ne se résume pas à la technique. Il faut aussi une histoire. Et celle que raconte cette adaptation du roman de Peter Heller, est quand même sacrément what the fuck.

Nous sommes dans un futur où une pandémie a quasiment rayé l’humanité de la carte. La civilisation s’est effondrée, les survivants se terrent, les ressources sont devenues rares et les rapports humains se sont transformés en lutte permanente pour la survie. Très bien. Sauf qu’en regardant le film, on finit par se demander ce qui a réellement disparu. Et l’électricité ? Elle fonctionne. Hig peut prendre son avion et parcourir le pays. Il faut bien évidemment du kérosène pour faire voler un avion, mais la question de savoir où il le trouve semble intéresser assez peu le scénario. Quant aux armes et aux munitions, elles semblent avoir survécu à l’apocalypse dans des proportions qui feraient pâlir d’envie n’importe quel magasin d’armurerie. On se croirait parfois dans “Lost“, où l’île avait elle aussi cette propriété merveilleuse de fournir indéfiniment aux survivants tout le matériel nécessaire au bon déroulement de l’intrigue.

Le plus curieux est que Scott paraît plus inspiré lorsqu’il filme les relations entre les personnages que lorsqu’il raconte leur survie. Hig, Bangley, Cima et les autres survivants dessinent progressivement quelque chose de plus intéressant : des êtres humains qui ont perdu presque tout ce qui les reliait aux autres et qui doivent réapprendre à faire confiance, à aimer, à vivre ensemble. C’est esquissé plutôt que véritablement approfondi, mais c’est là que le film trouve ses quelques moments de grâce. Quant à l’un des rares messages intéressants du film (ce sont les communautés autonomes, voire autarciques, et avec un train de vie simple, qui s’en sortent le mieux), il risque d’être noyé dans le flot des mitraillettes.

Pour le reste, “The Dog Stars” donne parfois l’impression d’un gigantesque exercice de savoir-faire. Scott sait parfaitement comment filmer un avion dans un ciel immense, un homme armé dans un paysage désert, une fusillade ou un visage perdu dans la lumière du soir. Mais derrière cette magnifique mécanique, il manque une histoire suffisamment solide pour que l’on accepte vraiment d’y croire. Pas sûr donc que ce film éveille les consciences à propos du drame écologique qui se joue actuellement sur la planète. À la fin du monde, Ridley Scott a encore de très belles images en stock. Mais n’est-ce pas un peu vain ?

★★☆☆☆

J-Marc Grosdemouge

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