The Stooges, la fureur originelle du punk
Certains groupes marquent l’histoire du rock, d’autres la pulvérisent. The Stooges, surgis du Detroit des années 60, n’ont laissé derrière eux que trois albums (du moins à leur époque), mais ont gravé leur nom en lettres de feu et de bruit. Iggy Pop, leader possédé, et ses acolytes ont redéfini la sauvagerie sonore, annonçant le punk bien avant qu’il ne prenne son nom. Entre guitares abrasives, performances autodestructrices et un mépris total des conventions, The Stooges ont incarné la révolte à l’état brut. Retour sur une discographie aussi courte qu’essentielle.

“The Stooges” (1969) : l’étincelle primitive
Produit par John Cale (The Velvet Underground), ce premier album est encore marqué par le psychédélisme de l’époque, mais avec une urgence crue qui annonce déjà la suite. “1969” ouvre les hostilités sur un groove lourd et menaçant, tandis que “I Wanna Be Your Dog” impose son riff implacable et son atmosphère crade, devenant un hymne pour les décennies à venir. “We will fall“, long trip hallucinatoire, contraste avec la tension animale de “No Fun“, qui inspirera les Sex Pistols. Un disque qui n’a pas encore toute la violence des suivants, mais qui pose les bases du chaos.

“Fun House” (1970) : le déluge sauvage
Si “The Stooges” était l’avertissement, le canari dans la mine, ‘”Fun House” est l’explosion. Enregistré dans des conditions quasi-live, l’album est une montée de fièvre inarrêtable. “Down on the Street” cogne d’entrée, “Loose” dégouline d’électricité, et “T.V. Eye” capture un Iggy Pop en roue libre, possédé. Sur “Dirt“, le groupe ralentit la cadence, mais c’est pour mieux repartir avec 1970, qui annonce le chaos final : “L.A. Blues“, sorte d’improvisation bruitiste où hurlements et saxophone free jazz s’entremêlent dans un maelstrom furieux. Une apocalypse sonore.

“Raw Power” (1973) : la déflagration punk
Après une séparation et une descente aux enfers, David Bowie vient à la rescousse d’Iggy Pop et produit “Raw Power“, où l’ex-Stooges James Williamson prend les rênes à la guitare avec un son tranchant comme un rasoir. “Search and Destroy” est une déclaration de guerre, “Gimme Danger” transpire la déchéance et “Your Pretty Face Is Going to Hell” martèle une énergie nihiliste. Le mix original, trop brouillon pour certains, sera remixé en 1997 par Iggy lui-même, accentuant l’impact brutal du disque. L’essence du punk avant même qu’il ne soit nommé.
“The Weirdness” (2007) et “Ready to Die” (2013) : les retours tardifs
Après des décennies de silence, The Stooges reviennent, amputés de leurs membres originels Dave Alexander (décédé en 1975) et Ron Asheton (mort en 2009). “The Weirdness” (2007) sonne comme une tentative maladroite de raviver la flamme, sans l’urgence d’antan. “Ready to Die” (2013), avec James Williamson de retour, est plus acéré, mais reste l’ombre du chaos passé. Iggy Pop, lui, survit à tout.
The Stooges, c’est le punk avant le punk, le rock avant le punk, la furie avant tout. Sans eux, pas de Sex Pistols, pas de Ramones, pas de Nirvana. Le rock en 2025 continue d’explorer les débris laissés par leurs déflagrations. Iggy Pop, lui, demeure l’ultime survivant, une légende qui aura tout vu, tout vécu, et qui continue d’inspirer.
