Ehua, flux continu

Ehua, flux continu
Premier album, premières audaces : Ehua plonge dans la bass music avec des beats fracturés, des voix fragiles et des respirations électroniques. “Panta Rei” ne suit aucune règle, mais annonce déjà un univers singulier et prometteur.

Dans les sillons bourdonnants de “Panta Rei” (littéralement “tout coule” en grec), l’Italo‑Ivoirienne Ehua tisse une cartographie personnelle de la bass music, où transes électroniques, ruptures rythmiques et fragilités vocales s’entrelacent. Un geste ambitieux : déboulonner l’idée reçue selon laquelle faire danser et faire réfléchir seraient des entreprises antagonistes.

L’ouverture “White” s’annonce comme une respiration, prélude à une navigation faite d’ombres et d’éclairs. Sur “Albicocca” ou “Matite“, la pulsation haletante et les beats éclatés rappellent la techno fracturée et les broken beats du club underground, tout en conservant une certaine chaleur organique. La surprise vient surtout de la présence vocale de l’artiste, ténue mais significative : spectre fragile dans un univers de machines, elle fragmente l’écoute et instille une vulnérabilité bienvenue dans un genre souvent homogène.

Mais “Panta Rei” ne se contente pas de juxtaposer club et réflexion. Dans des morceaux plus contemplatifs (“NYC“, “Candies“) Ehua étend son spectre vers une forme d’électronica introspective, oscillant entre electro soul et minimalisme spectral. Malgré quelques hésitations dans la progression des morceaux, “Panta Rei” réussit souvent à captiver par ses textures audacieuses et sa sensibilité intacte. Ce premier album montre déjà une artiste capable de surprendre et d’imposer sa singularité… On a déjà hâte d’entendre la suite de ses explorations.

★★★☆☆

Ehua, “Panta Rei(3024), 2025

(c) Gaia de Crécy (https://gaiadecrecy.com/)

Joseph Py