Baby Keem mise sur lui-même
Baby Keem revient cinq ans après “The Melodic Blue” avec l’envie manifeste de regarder dans le rétroviseur. Las Vegas, l’argent, la famille, les paris sur soi-même : le rappeur californien transforme son enfance et ses obsessions en matière première. Le casino devient autant un décor qu’une métaphore, celle d’une existence où il faut constamment miser, gagner ou tout perdre.
Musicalement, Keem n’a pourtant pas rangé ses vieux réflexes. Les 808 cognent, les synthés vrillent, les basses s’écrasent et les productions passent sans prévenir de la trap au R&B, du hip-hop à des textures presque électroniques. “Ca$ino” ou “Circus Circus Freestyle” conservent cette manière de produire du rap comme une matière instable, pleine de ruptures et de détails étranges. “Highway 95 Pt. 2“, plus dépouillé, laisse en revanche apparaître un Keem moins préoccupé par la performance.
C’est là que l’album devient intéressant. En cherchant à raconter davantage, Baby Keem gagne en épaisseur ce qu’il perd parfois en spontanéité. Le personnage imprévisible de “The Melodic Blue” semble désormais vouloir expliquer ce qui se cachait derrière le masque. Le disque reste suffisamment tordu et inventif pour éviter le grand déballage autobiographique, mais quelques morceaux donnent aussi l’impression d’un rappeur qui réfléchit un peu trop à la manière dont il doit désormais se raconter.
“CA$INO” n’est donc pas le grand bond en avant que certains attendaient, mais plutôt un disque de transition. Baby Keem continue de chercher sa formule, entre l’héritage de Kendrick Lamar et une volonté de plus en plus nette de s’en émanciper. Le pari n’est pas toujours gagnant, mais il mérite encore d’être suivi.
★★★☆☆
Baby Keem “CA$INO” (2026)
