The Apartments (Partie 1)
Loin des arenas, des stades et des gros festivals, certains groupes vivent dans l’ombre, chéris par une poignée d’initiés, oscillant entre malchance, discrétion et fulgurances artistiques. The Apartments fait partie de ceux-là. Fondé en 1978 à Brisbane, Australie, par Peter Milton Walsh, le groupe s’est forgé une réputation culte avec une discographie clairsemée mais d’une intensité bouleversante.
D’abord fugace compagnon de route des Go-Betweens, Peter Milton Walsh quitte très vite le groupe pour suivre sa propre voie. The Apartments naît alors sous la houlette d’un songwriter obsédé par la beauté des mélodies et l’élégance du désespoir. Le premier single “Return of the Hypnotist” (1979) laisse entrevoir un talent brut, mais il faudra attendre près de sept ans pour un premier album.

“The Evening Visits… And Stays for Years” (1985)
Sorti en 1985, ce premier album impose d’emblée un univers où l’intimisme se mêle à une sophistication rare. Walsh y déploie des compositions en clair-obscur, portées par sa voix de crooner brisé et des arrangements d’une finesse bouleversante. Le disque, publié par Rough Trade en Europe et par le label New Rose en France, contient des perles comme “Mr. Somewhere“, où le spleen trouve une expression quasi parfaite. Malgré l’accueil enthousiaste d’une presse spécialisée (particulièrement en France et au Japon), les tensions et le manque de moyens poussent Walsh à dissoudre le groupe peu après. Il faudra attendre huit ans avant qu’il ne revienne avec un nouvel album.

“Drift” “(1993)
En 1993, Peter Milton Walsh, alors installé en France, signe “Drift“, un disque de retour qui affine encore la mélancolie et la grâce de son prédécesseur. Les Inrocks sont sous le charme, on achète le CD sans avoir écouté et… nous aussi, pour la vie. Les morceaux, comme “The Goodbye Train” et “On Every Corner“, sont traversés par une délicatesse poignante, illustrant le songwriting magistral de Walsh. Le ton se fait plus feutré, méditatif, mais toujours marqué par cette tension entre espoir et désillusion.

“A Life Full of Farewells” (1995)
Deux ans plus tard, “A Life Full of Farewells” prolonge cette exploration de la tristesse et du regret, mais avec une approche encore plus dépouillée. Les morceaux tels que “Not Every Clown Can Be in the Circus” et “The Failure of Love Is a Brick Wall” capturent à merveille cette écriture introspective et mélancolique qui caractérise The Apartments. Moins orchestral que ses prédécesseurs, cet album mise sur des arrangements subtils et une atmosphère feutrée, renforçant son impact émotionnel.

“Apart” (1997)
Deux ans plus tard, “Apart” voit le jour, confirmant le talent singulier de Peter Milton Walsh. Cet album, profondément intime, est marqué par une écriture à la fois poétique et déchirante, abordant les thèmes de la perte, de la reconstruction et des amours épuisées par le temps. On y trouve des morceaux d’une délicatesse ténue comme “No Hurry“, “Breakdown in Vera Cruz“, “To Live For” ou “Welcome to Walsh World“, portés par des arrangements sobres mais d’une intensité rare. “Apart” reste un disque discret, révéré par ceux qui le croisent, et un jalon essentiel dans la trajectoire émotionnelle de Walsh.
La seconde partie de cette rétrospective reviendra sur la suite du parcours de Walsh et la renaissance des Apartments dans les années 2000, avec un regain d’intérêt critique et des albums qui confirment l’aura intemporelle du groupe.
