Syd Matters "A whisper and a sigh"
Le Français Jonathan Morali est un garçon bien de son temps : à la fois très moderne, et pas désintéressé par ce qui a pu se passer avant sa naissance : un œil sur internet, l’autre sur une encyclopédie, à lire un article sur Robert Wyatt ou The Flaming Lips (« Morpheus »), et les oreilles bercées par un album vinyle qu’il faut écouter avec les craquements parce qu’il n’a jamais été réédité en CD. Sûr que pour avoir pondu un album comme ça, notre homme doit être du genre cultivé, alignant secrètement ses albums-fétiches dans un Panthéon personnel dont lui seul a la clé. Le jardin secret qu’il nous ouvre est à l’image de la pochette : il y pousse des fleurs exubérantes.
Dès l’ouverture, on comprend qu’on a affaire à un album hybride, entre franchement classique et résolument moderne, qui se conjugue un peu au passé, beaucoup au présent. Le son de Syd Matters est à cette image : un cocon végétal, fait de brindilles de guitares et de gazons de claviers. Un présent que Syd Matters sait enchanter à coups d’univers qu’on croirait tous droits sortis de chez Sigur Rós (« Automatic », « End & Start Again », « Dead Machine »), Red House Painters ou American Music Club (« Bones », « Tired Young Man » et leurs guitares rurales), ou Nick Drake (« Black and White Eyes », « Have a Nice Day », « Love & Sleep »). « Battle of Olympus » marie les envolées des Islandais et la rugosité des « mornes in the USA » précités. Ainsi s’affirme le style Matters, doux mélange de la douceur du cocon et de la solidité du lin.
Il n’y a que « Stone Man » qui déçoive un tantinet, nous ramenant brutalement à une atmosphère de musique un peu lourdingue : rythmique métronomique, clavier ambiance Casio-Bontempi. Après trois titres enchanteurs qui venaient de créer un univers subtil, le morceau tombe un peu comme un cheveu sur la soupe. Pas de quoi rendre cet album de chansons précieuses infréquentable. Hormis cette fausse note, tout n’est ici que chuchotement et soupir.
★★★★☆
Syd Matters “A whisper and a sigh” (Third Side Records)
mercredi 27 août 2003
