Tortoise “TNT”

Tortoise “TNT”
Tortoise signe ici un chef-d’œuvre insaisissable, un album qui traverse les époques sans jamais s’user. TNT, c’est une pulsation, une respiration, un instant suspendu où le temps s’efface pour ne laisser place qu’au son, pur et essentiel.

Sorti en 1998, “TNT” est l’album où Tortoise atteint une forme de grâce suspendue. Si leurs précédents disques affirmaient déjà leur singularité dans le paysage post-rock, cette œuvre marque un tournant en intégrant pleinement des éléments jazz, électronique et minimaliste, tout en conservant ce groove ondulant qui fait leur patte.

Dès le morceau-titre, qui ouvre l’album, la formation de Chicago donne le ton : une batterie feutrée, une basse chaloupée et des guitares qui virevoltent sans jamais s’imposer, dans une atmosphère aussi mouvante que hypnotique. Tortoise ne s’épuise jamais dans la démonstration, préférant une progression patiente, où chaque instrument trouve sa place avec une précision presque scientifique.

L’approche quasi-cinématographique de “TNT” renforce son pouvoir d’immersion. “Swing From the Gutters“, par exemple, semble flotter dans l’espace, à la croisée du dub, du jazz et du krautrock, sans jamais trahir la dynamique collective du groupe. Les textures se superposent, se répondent, laissant la place à une musique libre de toute contrainte de genre.

Avec ses 65 minutes, cet album pourrait sembler exigeant, mais il se vit davantage comme un paysage sonore où l’auditeur est invité à dériver, sans résistance. C’est une musique de mouvement, qui convoque Steve Reich autant que Can, avec un souci du détail et une pureté du son qui inspirera des générations entières de musiciens explorant les marges instrumentales.

★★★★★

Tortoise “TNT” (City Slang), 1998

Alain Cattet