Les fantômes de Cancer House

Les fantômes de Cancer House
Après quelques essais confidentiels, Cancer House sort de l’ombre pour mieux nous y replonger avec “The Moth“, premier véritable album où le slowcore prend des airs de bande-son d’une lande battue par les vents.

Le quatuor de Chicago qui avait jusque-là distillé sa musique à travers quelques sorties confidentielles, dont un “A Hiding Place demo” et une cassette de démos tirée à seulement… 53 exemplaires. “The Moth” est leur premier véritable album et il mérite de sortir de cet anonymat. Dès les premières mesures, “The Moth” semble justement émerger de la lumière, avec quelques arpèges de guitare et des voix fantomatiques. Très vite, on a l’impression d’être dans la BO d’un film en noir et blanc, à marcher sur les traces d’Emily Brontë, sur une lande déserte battue par les vents.

La lenteur et le froid s’installent. Ceux qui ont poncé The Blue Moods of Spain sont en terrain connu, les fans de Red House Painters aussi. Mais Cancer House ne se contente pas de reprendre les contours du slowcore : il construit un univers, peuplé de voix qui semblent surgir de nulle part et de guitares qui, comme chez Vini Reilly, résonnent dans un espace immense. Par moments, on pense à Godspeed You! Black Emperor, pour cette manière de faire naître une émotion à partir de presque rien.

Les morceaux semblent appartenir au même film, avancer dans le même brouillard, sans chercher à sortir du cadre. Tout concourt à cette sensation de solitude, avec quelque chose de profondément mélancolique mais jamais appuyé. Cancer House préfère les marges aux effets de manche et ça tombe bien : c’est justement dans ces marges exigeantes où l’on aime se perdre souvent. Une musique lente, froide et fantomatique, qui demande simplement qu’on accepte de la suivre dans son paysage.

★★★★★

J-Marc Grosdemouge

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