Buscemi “Camino Real”
Une brise brésilienne souffle à contre-carte postale, portée par un talent belge qui a appris le soleil sans y être né.
Le contraste est tentant, presque trop beau pour être vrai. D’un côté, Buscemi, patronyme immédiatement associé à Steve, gueule cabossée du cinéma indépendant américain, éternel perdant magnifique de “Pulp Fiction”. De l’autre, Buscemi, producteur électronique belge, artisan d’une musique solaire, chaloupée, profondément hospitalière. Rien de brutal ici : “Camino Real” respire la douceur, le groove lent, la caresse rythmique.
Sorti en 2003, l’album s’inscrit dans cette zone alors très féconde entre downtempo, house latinisante et easy listening de haute tenue. Les percussions, omniprésentes mais jamais démonstratives, dessinent une géographie imaginaire qui regarde vers le Brésil, Cuba ou le Mexique sans jamais tomber dans l’exotisme de pacotille. Buscemi n’imite pas : il suggère. On pense à Thievery Corporation pour le sens du climat, à Faze Action pour l’élégance discoïde, ou encore aux productions feutrées du label Naked Music, où la house se fait hédoniste sans tapage.
Et pourtant, derrière ces rythmes latins, aucun producteur carioca ni madrilène. Dirk Swartenbroekx – son vrai nom – est né en Belgique, pays peu réputé pour ses plages et ses carnavals. Mais Camino Real rappelle une évidence souvent oubliée : la musique électronique est d’abord une affaire de circulation, d’écoute, de désir. Buscemi maîtrise les codes de cette “latin electronica” avec une science du dosage remarquable : jamais folklorique, toujours sensuelle.
Le disque doit aussi beaucoup à ses invités, soigneusement choisis. La voix élégante et légèrement distante de Isabelle Antena apporte une touche new wave francophile, tandis que Ted Milton injecte son phrasé singulier, immédiatement reconnaissable. Carla Alexander ajoute une chaleur soul discrète, et Michael Franti, ex-Disposable Heroes of Hiphoprisy et alors au cœur de Spearhead, vient rappeler que le groove peut aussi être politique sans jamais devenir pesant.
Camino Real n’est ni un manifeste ni un disque à thèse. C’est un album de circulation lente, pensé comme un trajet plus que comme une destination. Un disque qui prend le temps, qui refuse l’esbroufe, et qui, plus de vingt ans après sa sortie, conserve intacte cette qualité rare : donner envie de ralentir, d’ouvrir les fenêtres, et de laisser entrer l’air chaud… même quand il pleut sur Bruxelles.
★★☆☆☆
Buscemi “Camino Real“, 1 CD (Downsall Plastics/Labels), 2003
Gadget Girls / Obrigado (feat. Isabelle Antena) / Viaje Feliz / Praia Boogie / Voodoo Voyage / The World Around (feat. Michael Franti) / A Te O Fin (feat. Carla Alexandar) / Midnight Sessions / Seaside (feat. Isabelle Antena) / Camino Real / Ghost Track Man (feat. Ted Milton)
